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Choc des civilisations : renoncer à l’imposture de l’Etat de droit

Par Bruno MEGRET


Olivier Pichon et Pierre Bergerault reçoivent Bruno Mégret, ancien numéro 2 du FN et ancien président du MNR, sur le plateau de TVLibertés.

Le 21 janvier 2021


Olivier Pichon : Bonjour Bruno Mégret, vous êtes l’ancien numéro 2 du Front National, ancien président du MNR et depuis 2008 vous êtes retiré de la politique, ce qui va donner à vos propos davantage de liberté, puisque vous ne briguez aucun mandat. Le sujet que nous allons traiter aujourd’hui est important, c’est l’islam et le choc des civilisations. Vous allez nous proposer des solutions que nous allons étudier ensemble, qui sont des solutions institutionnelles.

Pierre Bergerault : Malgré la crise covidienne, vous restez optimiste en pensant que tout demeure encore possible. « D’un mal peut sortir un bien » dites-vous. A quoi pensez-vous ?

Bruno Mégret : Ce qui me frappe c’est que la situation s’est tellement dégradée au regard des problèmes liés à l’immigration que beaucoup de personnes commencent à prendre conscience de la réalité des problèmes et commencent à se rendre compte que c’est finalement la survie même de notre nation qui est aujourd’hui menacée. On entend ici et là dans les sphères autrefois politiquement correctes des interventions qui montrent que la prise de conscience commence à se faire. C’est là où je pense que d’un mal peut venir un bien, de la dégradation de la situation peut venir une prise de conscience qui permettrait de redresser la situation.

Si certains commencent à se rendre compte que l’immigration n’est pas une chance pour la France, pour autant personne n’imagine les solutions qui pourraient être mises en oeuvre car tout ce qui est proposé par le Système – ceux qui restent encore dans le Système mais qui commencent à comprendre ce qui se passe – sont des mesurettes qui ne résoudraient rien.

Olivier Pichon : Vous avez dit : « Les solutions proposées sont consternantes d’impuissance ».

Bruno Mégret : Une chape de plomb de l’impuissance semble s’abattre sur ceux qui cherchent des solutions et laisse à penser à l’opinion qu’il y a une espèce de fatalité et qu’on ne s’en sortira pas. C’est totalement faux. Il y a des solutions, tout reste possible, mais il faut un changement radical sur les plans politique et institutionnel.

Pierre Bergerault : Pensez-vous que le « politiquement correct » commence à se fissurer?

Bruno Mégret : Les Français sont imprégnés de politiquement correct c’est certain, ils sont matraqués idéologiquement depuis des années, tout est fait pour qu’ils soient formatés pour adhérer aux idées mondialistes. Mais chacun dans sa vie quotidienne se rend compte que les choses ne peuvent pas continuer ainsi : le terrorisme bien sûr, les problèmes d’insécurité, le manque d’autorité de l’Etat, les violences qui se développent, des quartiers entiers qui commencent à faire sécession, tout cela montre que le pays est en train de se disloquer si l’on ne réagit pas avec énergie, si l’on ne rompt pas avec le politiquement correct.

Olivier Pichon : Vous dites qu’il ne faut pas se tromper de diagnostic. Par exemple sur la question de l’islam vous semblez réfuter l’idée qu’il y aurait d’un côté l’islamisme radical et l’islam de l’autre. Vous montrez par exemple que les jeunes de banlieue ne sont pas forcément séditieux, mais qu’ils expriment une identité, et c’est identité contre identité.

Bruno Mégret : Le problème ne se limite pas à l’islamisme radical, qui utilise terrorisme et violences et c’est insupportable. Mais même si l’on réglait ce problème, on n’aurait pas réglé la totalité des difficultés qui se posent à la France. Ce n’est pas l’islamisme mais l’islam comme civilisation totalement différente de la nôtre et qui est en train de s’installer sur notre sol, réfutant notre propre civilisation européenne et chrétienne. Le bon diagnostic consiste à prendre conscience que nous sommes confrontés aujourd’hui à un choc de civilisations qui se déroule non seulement à l’échelle internationale sur un plan géopolitique, mais qui se déroule aussi sur notre sol.

Pierre Bergerault : Vous ne pensez pas Bruno Mégret que le problème ne serait pas l’islam, mais l’obsession laïque de la classe dirigeante?

Bruno Mégret : Nos dirigeants s’imaginent qu’ils peuvent résoudre le problème de ce choc des civilisations dont ils nient l’existene par le recours à la laïcité.

Olivier Pichon : Une laïcité incantatoire…

Bruno Mégret : On entend même chez les gens qui reconnaissent qu’il y a un problème majeur avec les migrations, que l’on peut résoudre en réactualisant la laïcité telle que la France la pratique. C’est totalement faux parce que la laïcité c’est la séparation de l’église et de l’Etat. Nous ne sommes pas contre. Mais cela existe, c’est fait et il n’y a rien à changer. En fait pour eux la laïcité est bien autre chose que la séparation de l’église et de l’Etat. Pour eux la laïcité consiste à traiter à parité toutes les religions. C’est nier cette réalité fondamentale : au-delà de la spiritualité, évidemment fondamentale dans chaque religion, il y a aussi une composante culturelle. Les religions sont des parties prenantes dans l’identité des peuples qui pratiquent traditionnellement et historiquement ces religions. L’identité française a une composante chrétienne fondamentale très importante.


La France a été façonnée par 15 siècles de christianisme.


Que l’on soit chrétien ou pas, croyant ou pas, c’est une réalité qu’on ne peut pas nier, qu’il faut prendre en compte et conserver. Et lorsque l’on met sur le même plan l’islam, une religion étrangère présente sur notre sol depuis quelques décennies à parité avec le christianisme qui a structuré notre pays depuis 15 siècles, on fait une promotion extraordinaire de l’islam et l’on nie cette réalité identitaire qu’est la composante chrétienne de notre civilisation. On fait tout le contraire de ce qui devrait être fait.

Olivier Pichon : La laïcité c’est 1 pour l’islam, 0 pour le christianisme.

Bruno Mégret : Le choc des civilisations est un combat identitaire. Si nous ne défendons pas notre identité nous serons submergés par une civilisation étrangère qui va purement et simplement remplacer la nôtre. Tout ce qui peut favoriser une identité étrangère sur notre sol est dangereux et il faut à tout prix l’empêcher.

Pierre Bergerault : Peut-on parler d’UNE civilisation islamique quand on voit ce qui se passe entre le sunnisme et le chiisme?

Bruno Mégret : Oui je pense qu’on peut parler de civilisation islamique. Sur le plan géopolitique il y a eu un changement considérable depuis l’effondrement du bloc soviétique. Autrefois le monde était structuré par deux antagonismes, deux entités antagonistes : le monde dit « libre » comme on l’appelait, c’est-à-dire l’Occident en gros, et puis le monde communiste, d’ailleurs les deux étant structurés par des Européens et présents en Europe. Mais le fond culturel était le même. Il y avait un antagonisme idéologique, le monde était structuré par le conflit entre le communisme et le libéralisme. Cela, c’est terminé.

On voit aujourd’hui l’émergence de blocs civilisationnels qui avaient été colonisés par les Européens et qui étaient un peu endormis. Aujourd’hui la Chine est devenue la première puissance mondiale d’ores et déjà ; l’émergence de l’Inde ; et l’émergence de la composante islamique. L’Europe n’est plus dominante, l’Europe est sur la défensive et l’Europe subit un choc des civilisations qui se traduit par une guerre commerciale, une guerre économique vis-à-vis de la Chine ; une guerre culturelle vis-à-vis de l’islam.

Mais aussi une guerre avec le terrorisme islamique.

Ainsi qu’une invasion migratoire qui ne pose pas seulement un problème par rapport à l’islam mais pose aussi un problème ethnique par rapport aux populations provenant de pays africains et de pays hors de l’Europe et qui mettent en cause notre identité non seulement sur le plan culturel, mais aussi sur le plan religieux et ethnique.

Pierre Bergerault : Pour mettre en avant notre identité, vous formulez un plusieurs propositions : tout d’abord abandonner toute auto-culpabilisation.


Vous proposez que nous nous libérions de l’Etat de droit.


Que reprochez-vous à l’Etat de droit?

Olivier Pichon : Il existe une autre composante, proche de l’obsession laïque, l’idée qu’il faudrait accepter le blasphème (cf Charlie Hebdo). La république a brandi les caricatures de Mahomet comme le nouvel étendard. Nous ne sommes pas obligés d’adhérer, de suivre cet étendard, même si nous sommes attachés à la liberté d’expression. L’islam a un vrai problème avec la liberté d’expression.

Bruno Mégret : C’est un point très important. L’affaire Charlie Hebdo est emblématique de l’impasse dans laquelle nous conduit le recours systématique à la laïcité. On a l’impression que ce que l’on exige des musulmans c’est l’acceptation du blasphème, l’acceptation des caricatures de leur prophète. Comme si le blasphème était l’alpha et l’oméga de notre civilisation et comme si Charlie Hebdo était l’expression la plus haute des valeurs de notre civilisation. Ce qui est aberrant et absurde. Nous refusons d’imposer aux immigrés notre civilisation, ce qui conduirait à l’assimilation comme ce fut le cas autrefois pour ceux qui sont venus de pays voisins comme les Italiens, les Espagnols, les Portugais, les Polonais. Nous refusons de leur imposer notre identité.

Mais nous exigeons d’eux qu’ils acceptent que l’on blasphème leur prophète et cela au nom de la liberté d’expression, ce qui est aberrant. Bien sûr nous défendons la liberté d’expression. Mais que je sache dans notre pays d’ores et déjà aujourd’hui la liberté d’expression est plus qu’encadrée puisqu’on ne peut plus s’exprimer librement sur un certain nombre de groupes dans notre société.


Je pose la question : pourquoi faut-il mettre les homosexuels à l’abri de l’homophobie, et il ne faudrait pas mettre les croyants à l’abri du blasphème public?


S’il faut mettre en cause la laïcité comme égalitarisme entre les religions, il faut en revanche interdire le blasphème à l’égard de la religion musulmane et de toute religion.

Pierre Bergerault : Notre identité, c’est quinze siècles de christianisme ou la république?

Bruno Mégret : C’est les deux. Il faut accepter la totalité de l’histoire de France dans toutes ses composantes, comme l’ont fait tous les grands hommes qui ont marqué notre pays. Notre identité est une synthèse de tout ce que nous avons construit au fil des siècles. La république en soi, il n’y a pas lieu de s’y opposer bien sûr que non. Encore faut-il savoir ce que l’on entend par république. Les valeurs de la république c’est la liberté ; l’égalité des droits ; la fraternité, c’est ce qui permet de souder un peuple et de garder son unité. On est pour tout cela.

Mais si les valeurs de la république deviennent, comme c’est le cas actuellement, une espèce de catéchisme du politiquement correct avec tout ce que cela implique de valeurs destructrices non seulement de notre identité, mais de tout ce qui fonde l’humanisme qui est le nôtre, c’est inacceptable.

Olivier Pichon : On a l’impression qu’à travers la laïcité, à travers l’acceptation du blasphème, la république occulterait un peu la France…

Bruno Mégret : Bien sûr. Les gens du Système pour tenter de régler les problèmes majeurs qui se posent du fait de l’immigration et de l’islamisation, brandissent la laïcité et brandissent les valeurs de la république. Mais l’un comme l’autre sont totalement inopérants pour la bonne raison que le problème est un problème de conflits identitaires et que les principes qu’ils avancent sont des principes complètement déracinés.

Olivier Pichon : Vous affirmez même qu’il faut mettre de côté les concepts universalistes.

Bruno Mégret : Il ne faut pas les mésestimer, mais il faut les mettre de côté en ce sens qu’ils ne sont pas opératoires dans un combat identitaire. Pour sortir de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons, qui conduit nos dirigeants quand ils veulent interdire le voile à interdire tous les signes religieux ostentatoires, ce qui est une façon complexe d’essayer de combiner l’un et l’autre. Il faut se référer au principe d’identité.


Nous devons maintenant instaurer, mettre en avant, développer, populariser le concept de droit à l’identité.


Nous avons le droit sur notre sol de conserver notre identité et c’est au nom de ce droit à l’identité que nous devons nous opposer à l’islamisation, que nous devons gérer l’immigration et que nous devons imposer le maintien de ce que nous sommes.

Pierre Bergerault : Cela conduit à un refus de ce que l’on appelle l’Etat de droit.

Bruno Mégret : Oui.


Il y a un problème majeur d’ordre institutionnel, c’est ce fameux « État de droit ».


Il faut voir ce qu’il y a derrière l’État de droit. Quand on refuse l’État de droit, on nous rétorque : vous êtes partisan de l’arbitraire, de la dictature, vous refusez la démocratie, vous êtes complotiste. Je suis pour la démocratie, je suis pour qu’il y ait des lois et qu’elles soient respectées, pour que les tribunaux sanctionnent ceux qui ne respectent pas les lois, je suis contre l’arbitraire. L’État de droit c’est bien autre chose.


L’Etat de droit, c’est le politiquement correct imposé par les juges et par le système judiciaire.


Olivier Pichon : On est passé d’un système représentatif, électoral, démocratique, à un gouvernement des juges.

Bruno Mégret : Oui. Il ne s’agit plus que le droit soit un cadre défini par le peuple et voté par les élus, notamment par les députés et les sénateurs. L’Etat de droit est un corpus idéologique qui s’impose au peuple, qui s’impose à ses représentants, et qui est gardé par les structures judiciaires et tout particulièrement par le Conseil constitutionnel. C’est très concret.


C’est le Conseil constitutionnel dorénavant qui examine toutes les lois votées par le parlement et qui n’hésite pas à censurer toutes celles qui ne seraient pas politiquement correctes.


Pierre Bergerault : Est-ce que ça doit passer par une mise en parenthèse ou par l’abolition de la Ve république?

Bruno Mégret : Je ne vais pas jusque là parce que la Ve république a des côtés positifs. Un exécutif fort, c’est positif.


Le problème est que la Ve république a été sapée dans ses fondements mêmes par la montée en puissance du Conseil constitutionnel.


Il faut savoir que quand la Ve république a été instaurée, et donc que le Conseil constitutionnel a été créé – parce qu’il n’y en avait pas avant la Ve république.


Le Conseil constitutionnel avait pour seul but de vérifier que les articles de la constitution étaient respectés.


Puis il y a eu une espèce de coup d’Etat institutionnel orchestré directement par les membres du Conseil constitutionnel, qui ont commencé à juger, non plus seulement en fonction des articles de la constitution, mais aussi en fonction du Préambule et même de l’interprétation qu’ils faisaient du Préambule. Or le Préambule a été enrichi au fil des années de textes innombrables qui donnent finalement au Conseil constitutionnel la possibilité de juger de tout par référence à cette espèce de catéchisme politiquement correct dont je parlais tout à l’heure.


La constitution est par définition un acte juridique.


Olivier Pichon : Mais pourquoi a-t-on introduit des principes non juridiques dans la Constitution qui est par définition un acte juridique? C’est là l’erreur. Peut-être que de Gaulle s’est laissé piéger par le Préambule – parce que l’on a repris le Préambule de 1946.

Bruno Mégret : Oui ça a été introduit mais ça ne servait pas de base à des décisions du Conseil constitutionnel.

Olivier Pichon : Le Préambule n’est pas, par nature, juridique. Il est philosophique.

Bruno Mégret : Oui, il est philosophique. On voit bien ce qui se passe. Plus on enrichit ce Préambule de textes politiquement orientés, plus vous donnez de pouvoir au Conseil constitutionnel, plus vous augmentez les possibilités de saisine du Conseil constitutionnel, en annonçant aux Français que ce sera une façon de garantir leurs droits, et plus en réalité vous les diminuez puisque, plus le Conseil constitutionnel a des possibilités de saisine, plus il va étendre son pouvoir et avoir ainsi la possibilité de censurer comme c’est le cas maintenant.


Sur toutes les lois, même des lois déjà en application, le Conseil constitutionnel a la possibilité de revenir s’il est saisi, dans un procédure complexe mais bien réelle.


Olivier Pichon : Le véritable patron français ce n’est pas le président de la république, c’est monsieur Fabius, président du Conseil constitutionnel.

Bruno Mégret : Je pense qu’on peut dire cela. Je fais référence à un propos tenu par monsieur Debré qui était l’ancien président du Conseil constitutionnel, quand on lui parlait du danger que représentait éventuellement l’arrivée au pouvoir du Front National, répondait :

« Ne nous inquiétez pas, on tient tout ».

En effet si le Front National a des vélléités de sortir de la ligne politiquement correcte, il sera censuré.

Olivier Pichon : Alors que faire? Supprimer le Préambule?

Bruno Mégret : Si vous me permettez, je voudrais ajouter qu’il y a le Conseil constitutionnel, mais derrière, il y a tout le système judiciaire parce que toutes les juridictions ont maintenant cette démarche de s’ériger en pouvoirs de contrôle et finalement en pouvoirs politiques suprêmes. Par exemple lorsque François Hollande était président, il avait été décidé de démanteler un camp de réfugiés à Calais. Une procédure a été engagée pour annuler la décision gouvernementale de ce démantèlement (qui au demeurant ne servait à rien) et l’on a vu une petite juge du tribunal administratif venir sur place pour voir ce qu’il y avait lieu de faire et pour décider si, oui ou non, le gouvernement pouvait procéder au démantèlement. On sait aussi que les juges empêchent systématiquement l’expulsion des clandestins.


C’est tout le système judiciaire qu’il faut remettre au pas et rétablir l’équilibre des pouvoirs entre le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire.


Pierre Bergerault : Est-ce qu’il faudrait pour cela fermer l’Ecole de la magistrature, selon vous?

Bruno Mégret : Il faudrait une modification radicale du recrutement des magistrats. Il faudrait qu’il y ait au moins la moitié des magistrats qui soient recrutés parmi les policiers, parmi les avocats.

Olivier Pichon : Et parmi les chefs d’entreprise?

Bruno Mégret : Oui. Il n’est pas normal qu’un petit jeune qui sort de l’Ecole de la magistrature puisse du jour au lendemain décider à la place du pouvoir politique et à la place de l’exécutif.

Mais il faudrait surtout une réforme du Conseil constitutionnel. Il y a plusieurs solutions.

On pourrait supprimer le Préambule.

On pourrait imposer au Conseil constitutionnel de ne plus faire référence au Préambule.

Je pense que la meilleure formule est d’instaurer un droit de recours des décisions du Conseil constitutionnel parce que c’est ce qui passerait le mieux. Il ne s’agirait pas de supprimer le Conseil constitutionnel qui aujourd’hui apparaît comme une protection pour les Français. C’est présenté comme cela. Si l’on démantèle le Conseil constitutionnel, on dira alors on va détruire la protection des Français face au pouvoir exécutif. Il faudrait donc un droit de recours, ce qui permettra au Conseil constitutionnel – qui parfois a des options intéressantes – de dire ce qu’il a à dire, mais qui donnerait en dernier recours le pouvoir aux politiques. L’exécutif aurait un droit de recours qui le conduirait à soumettre la décision incriminée qu’il conteste, soit à référendum si c’est une question fondamentale, soit à un vote ultime de l’Assemblée nationale – ce qui donnerait le dernier mot aux représentants du peuple, ou au peuple lui-même.

Il faut aussi se dégager de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) qui émet des décisions qui servent ensuite de jurisprudence aux tribunaux français, à la Cour de cassation, et même aux juridictions de plus bas niveau.


Or la Cour européenne des droits de l’Homme c’est du politiquement correct à 100%.


Pierre Bergerault : Faut-il le Frexit pour se débarrasser de la CEDH?

Bruno Mégret : Pas indispensable d’en arriver là. Il y a un article qui est prévu dans le Traité constitutif de cette Cour européenne qui permet aux États de se retirer moyennent l’envoi d’un courrier approprié. C’est une procédure assez simple pour se retirer de la CEDH.

Olivier Pichon : Nous allons examiner les mesures d’exception que vous proposez pour résoudre ce problème, en dehors des considérations juridiques que nous venons de faire sur le Conseil constitutionnel.

Pierre Bergerault : Vous proposez une série de lois d’exception. La première, l’arrêt de l’immigration pour une durée de 10 ans. Est-ce que l’on aurait les moyens matériels et humains de parvenir à cet arrêt de l’immigration?

 Francisco Pradilla y Ortiz, La reddition du roi feudataire de Grenade Muhammad XII Abû Abd Allah dit Boabdil, peint au 19e siècle.

Bruno Mégret : Ce que je voulais dire pour faire la transition avec la partie précédente c’est que la réforme du Conseil constitutionnel permettrait de prendre des mesures législatives qui sont aujourd’hui totalement impossibles mais qui sont pourtant tout à fait nécessaires, et parmi ces mesures, toute une série de lois d’exception que je propose et qui me paraissent capitales. On ne peut pas en effet s’imaginer pouvoir résoudre les problèmes majeurs qui se posent au pays en continuant à trafiquer dans le détail le fatras juridique et réglementaire qui prévaut actuellement sur toutes ces questions et dans lequel les gouvernements successifs se sont enlisés.

Olivier Pichon : Montesquieu disait : « Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires. »

Bruno Mégret : Je propose le principe des lois d’exception qui présentent un avantage : elles sont d’une grande simplicité, elles peuvent tenir en un article qui consiste à déclarer que sont illégales toutes les mesures qui empêchent la poursuite de l’objectif politique recherché.

La première loi stopperait l’immigration (légale et illégale) pour une durée de 10 ans. Une loi d’exception par définition ne peut être que temporaire. Cela présente l’avantage de limiter dans le temps cette décision. Elle perd son caractère idéologique.


Il ne s’agit plus de dire « je suis contre l’immigration » pour des raisons idéologiques, mais je suis contre l’immigration pour des raisons pratiques.


Tout le monde aujourd’hui reconnaît que l’immigration pose des problèmes majeures au pays, même ceux qui sont favorables à l’immigration ou qui l’étaient dans le passé. Je ne vois plus aucune personnalité politique expliquer que l’immigration ne pose pas de problème. Si l’immigration pose problème, la première chose à faire est d’éviter que la situation ne s’aggrave.

Olivier Pichon : A-t-on les moyens de stopper l’immigration?

Bruno Mégret : Oui on en a les moyens, j’y viens. On ne peut pas régler les problèmes de l’immigration en laissant entrer tous les ans près de 400.000 personnes nouvelles, on n’y arrivera jamais.

Olivier Pichon : Vous proposez de supprimer le droit d’asile. [Ndlr : Caroline Galactéros idem.]

Bruno Mégret : La loi d’exception qui arrêterait toute immigration consisterait à dire : sont supprimées toutes les dispositions légales ou réglementaires qui aujourd’hui permettent l’entrée d’immigrés sur le territoire national, ce qui implique de supprimer notamment le droit d’asile, le regroupement familial et toutes les procédures de visas qui permettent aujourd’hui à l’immigration extra-européenne de pénétrer sur notre sol.

Olivier Pichon : Une 2e mesure d’exception que vous préconisez concerne l’islam, vous dites qu’il doit quitter l’espace public. En revanche vous voulez interdire le blasphème anti-islam.

Bruno Mégret : Là aussi, il faut clarifier les choses et sortir de situations ubuesques. L’islam est une religion étrangère à notre civilisation, donc l’islam n’a pas sa place dans le paysage culturel institutionnel français. Cela ne signifie pas évidemment que l’on va empêcher les musulmans présents aujourd’hui sur notre sol de pratiquer leur religion ce qui est un droit fondamental que nous reconnaissons bien évidemment.


Il s’agit que la pratique religieuse de l’islam quitte l’espace public pour se limiter à la sphère privée.


Ce qui signifie en clair qu’il n’est plus question de s’interroger sur le port du voile à l’école ou dans les entreprises. Le port du voile n’a pas sa place dans l’espace public français. Il n’est plus question de s’interroger sur les menus dans les cantines scolaires, sur les horaires réservés dans les piscines etc. L’espace public c’est les écoles, la rue, l’entreprise. Les prières de rues seraient évidemment proscrites. Le voile dans la rue. La religion musulmane s’exercerait dans les mosquées.

La loi d’exception supprimerait toutes les dispositions qui prennent en compte les spécificités propres à l’islam. Le blasphème serait interdit contre l’islam et contre toutes les religions. Il me paraît contre-productif d’agiter stupidement le chiffon rouge du blasphème contre le prophète alors que l’islam n’est pas une des composantes majeures de notre identité ou de nos valeurs de civilisation.

Pierre Bergerault : Vous proposez d’enfermer les délinquants multirécidivistes, les individus radicalisés, les terroristes et renvoyer les clandestins et délinquants étrangers. Encore faut-il avoir des juges pour prendre ces mesures.

Bruno Mégret : Il faut savoir que l’essentiel des crimes et délits sont commis par un petit nombre de personnes connues des services de police, qui sont des multirécidivistes régulièrement relâchés par les juges. Dans une situation de reprise en main énergique de la situation, il faudrait prendre une loi d’exception qui autoriserait le gouvernement à placer dans des centres de rétention tous les multirécidivistes qui sont en liberté. Ainsi que tous ceux qui sont repérés comme islamistes radicaux, tous les terroristes qui ont été condamnés et qui vont commencer à être relâchés.

Olivier Pichon : Le Parlement avait voté une loi de surveillance des terroristes libérés et le Conseil constitutionnel l’a rejetée.

Bruno Mégret : Avec la réforme du Conseil constitutionnel que je propose, tout cela deviendrait possible. Si l’on procède à des mises en rétention dans des centres fermés de l’ensemble de cette population somme toute limiée à quelques dizaines de milliers de personnes dans le pays, on aurait du jour au lendemain une amélioration spectaculaire de la sécurité puisque les auteurs de l’essentiel des crimes et des délits seraient mis hors d’état de nuire.

Donc cette loi d’exception serait d’une efficacité totale. Pas besoin de passer par les juges puisque la loi d’exception court-circuiterait en quelque sorte le système judiciaire pour confier les responsabilités de cette opération au pouvoir exécutif. Puisque cela permettrait également l’expulsion des clandestins étrangers, je pense qu’un préfet est tout aussi capable de décider de l’expulsion d’un sans papiers que ne l’est un juge, n’en déplaise aux tenants du politiquement correct.

Pierre Bergerault : Vous souhaitez étendre ces lois d’exception à la fraude fiscale, aux délits financiers également.

Bruno Mégret : Ces dispositions doivent viser tous ceux qui mettent en cause la sécurité physique, l’intégrité des personnes et des biens, cela concerne donc tous les délits et crimes.

Olivier Pichon : Vous proposez une autre loi d’exception, l’éradication par la force des zones de non-droit. Cela me paraît une opération plus difficile concernant la petite délinquance qui n’est pas le terrorisme : les trafics, l’occupation et le contrôle des territoires, et cela suppose des forces de police nombreuses.

Bruno Mégret : Il s’agit d’une loi d’exception qui donnerait au pouvoir exécutif la possibilité d’investir ces quartiers, pas tous en même temps ce serait impossible compte tenu du manque d’effectifs. Traiter ces quartiers les uns après les autres, les investir par des forces de police massives qui s’installent à demeure dans le quartier concerné.

Pierre Bergerault : Pas de militaires?

Bruno Mégret : Éventuellement l’armée pourrait apporter son concours pour sécuriser ces zones. Des forces de l’ordre importantes investiraient ces cités et procéderaient à la fouille systématique de tous les immeubles, à l’arrestation et à l’expulsion de tous les clandestins étrangers, à l’expulsion des délinquants condamnés étrangers, qui vérifieraient que tous les habitants sont en règle avec les organismes de location d’HLM, qui procéderaient à l’évacuation des éléments perturbateurs dans la cité, qui installeraient dans les immeubles des gardiens anciens militaires retraités spécialement formés.

Une fois que la population aurait été libérée [des délinquants, des fauteurs de troubles] et rééquilibrée dans sa composition sociale et ethnique, les forces de police pourraient se retirer et passer à une autre cité.

Cela nécessite que les lois habituelles soient mises entre parenthèses au profit de cette loi d’exception qui fournirait tout pouvoir aux autorités pour rétablir l’ordre, pour réintégrer ces quartiers comme on dit dans la communauté nationale et dans la normalité républicaine.

Olivier Pichon : J’entends déjà les cris d’orfraie des medias sur ces lois…

Bruno Mégret : Oui c’est le problème du quatrième pouvoir dont nous n’avons pas parlé et qui est aujourd’hui en réalité le premier pouvoir c’est-à-dire le pouvoir médiatique. Aujourd’hui la hiérarchie des pouvoirs a été complètement chamboulée puisque le premier pouvoir est le pouvoir médiatique ; le deuxième pouvoir est le pouvoir judiciaire, juridictionnel, nous en avons parlé ; et ensuite vient l’exécutif et le pouvoir législatif.

Si on prend conscience de cette réalité, on comprend pourquoi tout va mal dans notre pays. Parce que le pouvoir médiatique est un pouvoir d’influence, le pouvoir judiciaire est un pouvoir de contrôle, alors que l’exécutif et le législatifs sont des pouvoirs de décision.


Si la décision en France passe après le contrôle et l’influence, il ne faut pas s’étonner que le pouvoir soit réduit à l’impuissance.


Donc là aussi il faut renverser les choses et le pouvoir médiatique doit être remis à sa place. Je n’envisage pas de loi d’exception visant les medias, mais les subventions doivent être revues et il faut assurer la diversité pleine et entière du paysage médiatique. Le jour où les politiques cesseront de courir après les journalistes, le pouvoir médiatique perdra beaucoup de son importance.

Olivier Pichon : Vous concluez par une phrase empruntée aux Romains :

Salus populi suprema lex.

Bruno Mégret : La loi suprême, c’est la survie du peuple. C’est ce qui justifie les lois d’exception. La loi suprême ce n’est pas l’État de droit, ce n’est pas le politiquement correct, ce que produit le Conseil constitutionnel. La loi suprême c’est ce qui permet au peuple, à la nation d’exister, de survivre, et d’avoir un avenir. C’est comme ça que les Romains ont assuré la survie de leur empire pendant des siècles, et c’est cette légitimité là qu’il faut trouver et à laquelle il faut se rattacher à nouveau et c’est en ce sens que les lois d’exception que j’envisage sont d’une totale légitimité parce que ce sont elles et elles seules qui peuvent assurer la survie de la nation et le salut du peuple.

L’empire romain a été détruit par les invasions mais il s’est régénéré dans la civilisation européenne.

Sur le même thème, un article de Caroline Galactéros en 2 parties, Etre ou ne plus être.


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