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Le renseignement, outil de l’intelligence économique

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Le renseignement, outil de l’intelligence économique

par Alain Juillet

Transcription de Laetizia Graziani

Conférence du 30 septembre 2019 à l’université Paris-Dauphine.

SOMMAIRE
Bref historique de l’évolution du capitalisme mercantile depuis 1945 ayant conduit à la création de l’intelligence économique.
Définition de l’IE : collecte permanente d’informations, protection de ses propres informations et influence.
La révolution quantique à venir
Sources ouvertes et sources fermées d’informations
Méthodes nouvelles des cambrioleurs
Où trouver l’information sur internet
Les différentes étapes d’une recherche en IE
Les véritables raisons de la guerre américaine contre l’Irak
Différence entre information et renseignement
L’Ukraine : rappel historique sur la 2e guerre mondiale permettant de comprendre les événements actuels
Qualité indispensable pour faire de l’IE
Incompatibilité entre l’IE et la pensée unique

 

Alain Juillet en 2001 vous avez été nommé numéro deux de la DGSE en charge du renseignement où vous êtes en charge de réorganiser et surtout de mettre en place un service d’intelligence économique au sein du renseignement français. En 2002 vous devenez haut responsable chargé de l’intelligence économique en France auprès du premier ministre et à l’époque c’était encore un concept. Vous allez créer un service pour que l’État et les entreprises se servent de l’intelligence économique comme outil. Vous ferez cela jusqu’en 2009 date à laquelle vous rejoignez un cabinet d’avocats où vous travaillez encore. Mais surtout vous continuez à animer la conversation sur l’intelligence économique en enseignant à HEC, à sciences po et aujourd’hui à l’ENA et à l’école nationale de la magistrature. Vous êtes aussi président de l’Académie de l’intelligence économique.

 

Alain Juillet : Dans l’avenir vous serez confrontés beaucoup plus que nous l’avons été aux problèmes qu’il y a derrière la création de l’intelligence économique et sur la nécessité de pratiquer l’intelligence économique parce que – et c’est le premier point sur lequel je voudrais insister – c’est un peu un truisme, on est dans un monde qui devient de plus en plus concurrentiel, hyper concurrentiel et dans ce monde concurrentiel personne ne fait de cadeau à l’autre. Quand vous voyez les relations particulières qu’il peut y avoir entre par exemple le président Trump et le reste du monde parce qu’il n’y a pas que les Chinois ou les Russes, on voit bien qu’on est dans des parties de bras de fer extrêmement violentes extrêmement fortes dans lequelles comme disait Audiard quand un type de 120 kilos vous parle si vous en pesez 60 vous l’écoutez. C’est la même chose. Aujourd’hui les rapports de force sont devenus très importants mais il n’y a pas que les rapports de force parce que justement dans cette bataille mondiale on a besoin, et on le voit tous les jours, on a besoin d’autre chose.

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Bref historique du capitalisme mercantile
de 1945 à aujourd’hui

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1 – La production

Après la deuxième guerre mondiale le monde était ravagé parce qu’on avait tout cassé, on avait bombardé, détruit des pays on avait mis exsangues d’autres pays. Tout le monde était choqué traumatisé et on manquait de tout. En France les gens l’oublient maintenant mais en 1945 il fallait un carnet de rationnement avec des bons pour pouvoir aller acheter du pain, acheter du riz ou autre chose parce qu’il y avait une pénurie totale et on ne pouvait acheter que des petits paquets avec des tickets. A cette époque là tous les stratèges et les concepteurs du monde ont dit il faut faire de la production. Alors on a privilégié la production et ça a duré pendant 10-15 ans. On a investi, surinvesti en production et ce sont des producteurs des industriels qui étaient les dirigeants parce que c’était la clé. Et puis on s’est mis à trop produire finalement. Entre 1950 et 1960 on s’est aperçu qu’on produisait tellement qu’on n’arrivait plus à vendre ce qu’on produisait. A ce moment-là on a dit on a besoin de commerciaux.

2 – Le commercial

C’était une nouvelle époque, les commerciaux étaient de bons vendeurs et il fallait vendre. Mais le commercial a beau être un grand vendeur, il y a un moment où ça ne passe plus parce que quand les gens n’ont pas envie ils n’ont pas envie.

3 – Le marketing

Alors on a eu une troisième étape celle du marketing et on a vu à ce moment-là après les dirigeants industriels puis les dirigeants commerciaux, en 1970 à peu près on a vu arriver une vague de dirigeants marketing qui appliquaient les méthodes du marketing pour le marketing. Qu’est-ce que le marketing ? C’est arriver à vous vendre ce dont vous n’avez pas envie en vous convaincant que vous en avez réellement un besoin essentiel. C’est cela le marketing et ça marche, ces techniques qu’on a utilisées et qu’on utilise encore ont bien fonctionné.

4 – La qualité

Dans les années 80-85 on avait épuisé toutes les joies du marketing alors on est revenu sur l’industriel pour l’optimiser et on a travaillé sur la qualité, les qual-mans avec les références japonaises. On a amélioré la qualité; on a voulu faire des produits parfaits donc on a joué sur cet effort pour être mieux que les autres et on y est arrivé.

5 – La gestion

Et puis on ne savait plus quoi faire alors on s’est dit il faut thésauriser pour gagner de l’argent alors on a inventé la gestion. On a mis en place à la direction d’entreprise des gestionnaires, des gens qui savaient faire de l’argent, qui savaient faire des économies sur tout le reste pour dégager de l’argent.

6 – L’actionnaire

Vers 1995 les entreprises ont recherché la création de valeur pour l’actionnaire. Elles se sont dit la gestion c’est bien mais il faut que la gestion rapporte surtout à celui qui a mis de l’argent au départ à l’actionnaire. Et là on a cassé la mécanique puisque on a privilégié l’actionnaire au détriment de tous les autres acteurs mais tout ça permettait d’avancer.

Et puis dans les années 2000-2005 on s’est rendu compte que tout le monde savait faire tout ce que je viens de vous dire, que dans tous les coins du monde il y avait des gens qui avaient compris comment faire de la production, de l’industrie, de la gestion, du marketing et autres. A ce moment-là on s’est posé la question : comment se différencier ?

Est sorti vers 2000-2005 (même si cela avait été pensé avant, en 1985 au niveau de la conception par les Américains par Porter qui était un professeur de Harvard) donc dans les années 2000 on s’est demandé ce qui pouvait permettre de se créer un avantage concurrentiel défendable et durable dans ce marché où tout le monde est pareil et tout le monde est aussi bon ? tous ceux qui sont dans la course. Comment faire pour nous différencier ? On a découvert que le seul différentiel qui reste c’est par l’information, celui qui gagne c’est celui qui est mieux informé que les autres. Si vous êtes mieux informé que votre concurrent, si vous le connaissez mieux que lui ne vous connaît, vous êtes capable de comprendre ce qu’il va faire ; vous êtes capable d’anticiper ce qu’il va faire ; vous êtes capable donc de préparer non seulement le moyen de le bloquer mais le moyen de réaliser des contre-attaques s’il fait quelque chose et en plus vous pourrez exploiter toutes les failles puisqu’il en a forcément. Vous pourrez exploiter ses failles pour arriver devant.

7 – L’intelligence économique

Quand on a compris ça on s’est demandé comment acquérir de l’information. Les sources d’information sont la presse on y reviendra, il faut s’en méfier ; la télévision, il faut s’en méfier. Alors comment faire pour avoir des renseignements des informations qui soient véritablement crédibles parce que c’est bien ça le problème, qu’on ne se fasse pas manipuler. A ce moment là on a lancé un processus, une méthode, un concept qui s’appelle l’intelligence économique que les Américains appellent le competitive intelligence (renseignement concurrentiel) nous on l’appelle l’intelligence économique, les Anglais l’appellent le business intelligence, tout ça c’est pareil en réalité.

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Définition de l’intelligence économique

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Collecte d’informations

L’intelligence économique c’est tous les moyens qui vont nous permettre de comprendre le dessous des cartes mieux que nos concurrents. Quand je bien dessous des cartes c’est donc l’ensemble des problèmes qui peuvent nous concerner, nous les concurrents. Il faut apprendre à aller chercher les informations.

Protection de ses informations ou Sécurité

Il y a eu une évolution considérable. Au début des années 2000 il fallait aller chercher l’information là où elle était. Aujourd’hui avec les moyens modernes ce n’est plus nécessaire on a tout à disposition sans quitter son bureau, ou pratiquement. Donc on a aujourd’hui la possibilité d’avoir des quantités d’informations mais quand vous découvrez la facilité avec laquelle vous pouvez avoir des informations sur n’importe quel sujet, bien évidemment vous comprenez qu’il faut aussi apprendre à vous protéger. Parce que dans le jeu puisque moi je veux être mieux informé que l’autre, si je réussis à laisser sortir de chez moi moins d’informations que mon concurrent n’en laisse sortir, je me crée un avantage.

Donc d’un côté je vais faire du renseignement, de la recherche d’informations ; d’un autre côté je vais mettre en place des services de sécurité de ma propre entreprise, ma propre activité pour que le moins de choses sortent à l’extérieur.

Influence

Un troisième volet que l’on a découvert avec le temps parce que dans les années 2000 on ne l’avait pas vu, mais depuis depuis 2010 à peu près on le voit de plus en plus fort et ça monte en puissance c’est l’influence.

On s’est rendu compte qu’aujourd’hui nous sommes dans un monde médiatique et dans ce monde médiatique aujourd’hui par rapport à ce qui se passait avant chez les stratèges militaires, dès qu’on avait une bonne stratégie on gagnait. Napoléon gagnait ses batailles parce qu’il était le meilleur stratège. Mais j’ajouterais parce qu’il était aussi le mieux informé. C’est peu connu, Napoléon avait des systèmes d’informations extrêmement précis et complets sur les lieux où il allait exécuter ses plans de bataille et sur les réactions de l’adversaire et comment ça se passait. Il avait son réseau d’informations.

A l’époque il suffisait d’une bonne stratégie pour gagner. Aujourd’hui je vous dirais – et cela les militaires ont commencé à le comprendre en particulier les Américains pour la première guerre en Irak et la deuxième surtout – aujourd’hui une bonne stratégie est nécessaire mais n’est plus suffisante pour gagner. Et cela c’est une des grandes nouveautés. Aujourd’hui si vous n’accompagnez pas ce que vous êtes en train de faire en expliquant que c’est bon, que ça marche, que c’est utile, bref que vous donnez plein de raisons positives, si vous ne faites pas ça vous perdrez la bataille quelle qu’elle soit.

Définition de l’influence

Et donc en plus de la recherche du renseignement utile et de la sécurité nécessaire on ajoute maintenant un troisième volet qui est l’influence à savoir toutes les actions qui vont nous permettre de déstabiliser l’adversaire mais également de nous défendre par rapport aux essais de déstabilisation que l’adversaire va exercer sur nous. C’est ça l’intelligence économique et pas autre chose.

Mais c’est très vaste parce que dans la compétition internationale dans laquelle nous sommes il est nécessaire mais pas évident d’arriver à gérer toute la recherche permanente d’informations et nous allons y revenir, de gérer la sécurité parce que c’est de plus en plus difficile dans un monde de transparence où tout doit sortir alors qu’à l’évidence il ne faut pas que tout sorte.

Exemples d’actions d’influence

Concernant les actions d’ influence tous les moyens sont bons.

Je vais vous donner un exemple qui m’amuse parce qu’il est vraiment emblématique c’est le problème de Huawei. Il y a la vision des journaux, il y a la vision de la télévision, des télévisions d’information, il y a la vision que nous donne l’Amérique, il y a la vision que nous donne la Chine.

Si on regarde ce qui se passe en appliquant ces méthodes d’intelligence économique donc on aura l’occasion après de détailler les techniques, que voit-on ? Au départ depuis quinze ans les Américains de Cisco dominaient le marché mondial des télécoms dans les centraux téléphoniques et les centraux autres. Pourquoi ? Parce qu’ils avaient investi de manière très importante sur la 2G la 3G et la 4G, et tout le monde se battait sur la 2G la 3G et la 4G. Les Chinois d’Huawei voyant qu’ils n’avaient aucune chance de battre les Américains sur la 2G la 3G et la 4G parce que les Américains avaient trop d’avance, ont décidé de mettre tous leurs moyens sur la 5G qui n’existait pas encore en se disant comme un publicitaire célèbre appellé Jean-Marie Dru « je fais un saut créatif et je vais au dessus ».

Alors ils ont travaillé sur la 5G et il y a un an ils ont commencé à dire la 5G on l’a mise au point, elle marche, on va la vendre. Et là panique générale parce que Cisco a pris deux ans de retard. Que faire lorsque votre concurrent se révèle meilleur que vous et très en avance sur vous, comment faire pour ne pas perdre vos positions concurrentielles au niveau international ? Eh bien c’est simple on se retourne vers son État et on lui demande de nous aider à saboter l’adversaire. Ce n’est pas autre chose.

Comment faire ?

On va faire des opérations d’influence. On va donc dire que le concurrent a tous les vices, a toutes les tares, et bien sûr pendant ce temps on ne parle pas de vous. C’est ce qu’ont fait les Américains. On arrête par exemple la fille du président de Huawei au Canada, les Américains ont demandé l’arrestation de cette jeune femme directrice financière il y a déjà quelques années, et on l’accuse de fraude, d’espionnage, de détournement de matériels et autres. Mais pourquoi on attaque brusquement à ce moment là ? Alors que l’affaire du bras de robot « piqué » par des ingénieurs de Huawei était déjà ancienne. Evidemment ce n’est pas par hasard qu’ils avaient pris un bras de robot pour le rendre le lendemain matin évidemment c’était de l’espionnage. On les a accusés de copies – comme si les Chinois ne copiaient pas depuis toujours, comme si les Chinois ne faisaient pas de l’espionnage depuis toujours. On a chargé la mule comme on dit pour en réalité essayer de casser ce qui était devenu une évidence, c’est que toutes les puissances occidentales et tous les pays du monde allaient acheter la 5G de Huawei parce qu’elle était plus performante que les autres et qu’elle était au point.

La 5G

Alors derrière cette affaire c’est vrai que c’est un problème stratégique. Je fais encore de l’intelligence économique pour vous montrer que si on sort maintenant de ce combat, de ce positionnement de l’un par rapport à l’autre, ce dont on s’aperçoit c’est que derrière la 5G il y a une révolution sur le plan technique par rapport à la 4G et aux autres puisque la 5G multiplie les antennes, il y a des antennes partout, que ces antennes captent tous les échanges entre les objets interconnectés qui sont l’avenir bien entendu, pour ensuite les renvoyer vers ceux qui veulent utiliser ces signaux. Le problème c’est qu’en même temps que l’opérateur capte les signaux et les transmet à d’autres, il peut aussi les stocker pour lui s’il est mal intentionné et là on comprend le risque. En effet la 5G permet à l’opérateur de récupérer s’il le veut ou s’il a la pression de son gouvernement qui s’exerce, des quantités d’informations qui pourront être utilisées dans la concurrence internationale.

Je vous ai parlé du côté chinois mais de l’autre côté alors bien sûr vous allez me dire de l’autre côté ils sont purs, ils sont pros, jamais ils n’ont fait d’espionnage, jamais ils n’ont fait de copie parce que ce sont nos alliés. Un livre vient de sortir (Mémoires vives d’Edward SNOWDEN) je vous le conseille puisque vous vous intéressez à la politique internationale, il démontre que de l’autre côté c’est pareil avec d’autres approches et d’autres techniques. Et pourquoi ? Parce que dans la compétition internationale chacun veut gagner et tous les moyens sont bons.

L’intelligence économique appliquée

Nous que pouvons-nous faire ? Nous avons en Europe une société qui s’appelle Nokia qui est capable de faire de la 5G et qui a de l’avance sur Cisco (et du retard sur Huawei). Le problème c’est que pour qu’elle puisse gagner du temps par rapport aux Chinois il faut qu’elle investisse beaucoup or elle n’a pas les moyens d’investir. Donc il faudrait que ce soit l’Europe qui investisse, qui l’aide. Mais l’Europe ne le fera pas parce que l’Europe est tiraillée entre toutes les tendances et l’Europe ne bouge pas.

Donc résultat quel est le choix que nous avons ? Il est simple : soit on attend deux ans on aura la Cisco américaine et on sera écoutés par les Américains soit on prend tout de suite la Huawei et on sera écoutés tout de suite par les Chinois. Il n’y a pas d’autre solution.

Vous l’avez bien vu si vous avez regardé le débat à l’assemblée et au sénat français. Sur quoi portait le débat ? Ils ont dit que puisque de toute manière on sait que l’un des deux va arriver et prendra le contrôle, pouvons-nous mettre en place des systèmes qui vont nous permettre de préserver une partie de nos libertés et de nos affaires et de garder secrète une partie de nos activités ? En vous parlant de ça je suis en train de vous démonter ce qu’est l’intelligence économique. C’est à dire que quand un problème se pose, j’essaie de comprendre et surtout j’essaie de ne pas écouter aveuglément ce qu’on dit mais j’essaie de me forger ma propre opinion en essayant d’avoir des informations de tous les côtés et de les recouper pour savoir si elles sont vraies ou si elles sont fausses.

Pour chercher ces informations aujourd’hui on dispose de moyens extraordinaires. Quand j’ai commencé dans le renseignement et l’action [DGSE] il fallait aller chercher l’information par des réseaux humains c’est-à-dire qu’on allait dans un pays, on essayait de contacter des gens, on essayait de les faire parler, on essayait de récupérer des informations, c’était un travail de titan à base de réseaux.

Aujourd’hui c’est fini. Avec le big data, avec la capacité que nous avons de stocker des données – aujourd’hui tous les jours on double le nombre de datas qui sont stockés, on a stocké davantage d’informations dans les deux dernières années que dans toute l’histoire de l’humanité jusqu’à maintenant – et ça s’accélère encore. Et nous n’en sommes qu’au début.

Donc on a des masses d’informations comme on n’en a jamais eu. Le problème de ces masses d’informations, du big data, du stock qui nous donne des capacités extraordinaires, le vrai problème c’est ensuite de retrouver les informations. Parce que à quoi ça sert de stocker des milliards d’informations si on ne sait pas aller les chercher dans un délai rapide. Et c’est tout le problème aujourd’hui.

L’invention géniale des algorithmes – ce sont des équations mathématiques adaptées qui vont nous permettre d’aller chercher dans toutes les informations existantes celles qui sont les plus intéressantes pour nous, celles qui peuvent être utiles dans notre analyse ou notre raisonnement. Les outils, le big data, il faut bien reconnaître qu’on n’est pas très bons dans nos pays en Europe en particulier pour les concevoir. Les gros opérateurs sont en Amérique et en Chine. En revanche sur les algorithmes on n’a pas à avoir honte parce que vous savez que les Français sont parmi les meilleurs mathématiciens au monde, or les algorithmes sont faits par des mathématiciens.

Donc nous avons dans le domaine des algorithmes de vraies possibilités de développement et à travers ces possibilités de développement de nos start-ups on a des possibilités de travailler, d’influencer, de concevoir des modèles en liaison avec les très gros opérateurs.

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L’ordinateur quantique

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Derrière les algorithmes il y a les systèmes d’analyse et les systèmes de synthèse. Aujourd’hui encore on est capables de faire des synthèses extraordinaire. Nos logiciels actuels résument Guerre et Paix, cela représente 1000 pages, ils le résument en une page et en plus ça a du sens. C’est pas mal. Parce que le problème auquel on est confrontés c’est qu’il y a énormément d’informations, il faut qu’on arrive à en faire des synthèses successives sans en casser l’origine et le sens de manière à pouvoir à la fin avoir une vision à peu près claire de tout ce qu’on a pu récupérer, tout ce qu’on a pu analyser. De ce côté-là on progresse encore extrêmement vite. Les outils actuels sont formidables par rapport à ce qu’on a connu et ils s’améliorent tous les mois et tous les ans.

Mais nous sommes à la veille d’une autre révolution qui va bouleverser complètement le monde numérique, c’est l’arrivée dans l’univers quantique. Vous savez que les ordinateurs quantiques ont des capacités qui sont extraordinaires parce que votre ordinateur marche en numérique, en binôme c’est-à-dire sur le un et le zéro. L’ordinateur quantique marche à la fois sur le un,www sur le zéro et toutes les variables au milieu 0 – 0,1 – 0,2 – 0, 01 – 0,02 et ainsi de suite. Tout est mélangé, tout est superposé. Cela multiplie les possibilités de manière absolument incroyable et cela change les règles du jeu. Pour notre discipline l’IE cela change plusieurs choses :

L’ordinateur quantique du futur sera capable de casser les codes. Aujourd’hui pour un renseignement dans votre ordinateur vous mettez des codes, tout est codé. Dans quelques années quand il y aura les ordinateurs quantiques vous pourrez oublier vos codes. Parce qu’ils seront tous cassés dans le millième de seconde. Si je reprends mon ancienne casquette du renseignement de la DGSE ça va être passionnant parce que enfin on va savoir qui étaient les traîtres puisqu’on va pouvoir décoder tous les messages secrets qui ont été envoyés depuis 50 ans entre des pays et qu’on ne pouvait pas casser parce qu’on n’avait pas les codes. Et là on va pouvoir savoir, donc malheur à ceux qu’on va pouvoir retrouver et il va y en avoir beaucoup.

Valrio Adami.

Un autre exemple pour vous montrer ce qu’est le quantique et la puissances qu’il va avoir et la révolution que ça va amener chez vous, vous allez tous le vivre, c’est le radar. Les Chinois viennent de tester le premier radar quantique après avoir testé le premier satellite quantique – partiellement quantique mais quand même il marche. Les Chinois viennent de tester le radar et quelle est la caractéristique de ce radar quantique ? C’est qu’il détecte les avions furtifs. Vous savez que les Occidentaux ont dépensé de véritables fortunes pour faire des avions furtifs non détectables, pour faire des bateaux furtifs non détectables, ainsi de suite. Dans quelques années tout cela sera visible comme en plein jour. La recherche, les investissements, les coûts, les performances des armées seront bouleversés.

Nous sommes dans une révolution technologique, en plus de la 5G, des ordinateurs de plus en plus puissants, avec des supercalculateurs comme on ceux que l’on a en Europe et aux États-Unis et en plus le quantique va tout révolutionner.

Pour obtenir les bonnes informations vous avez besoin des sources ouvertes bien sûr et puis il faut aussi des sources fermées.

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Sources d’informations ouvertes et fermées

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Les sources ouvertes aujourd’hui couvrent la quasi-totalité de ce dont on a besoin pour n’importe quel problème et ça aussi c’est une nouveauté essentielle. On trouve de tout et on stocke de tout sur internet. Mais il n’y a pas que le stockage de données il y a aussi cette formidable invention que sont les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux sont une mine d’informations comme nous n’en avons jamais connu dans le passé puisque la tendance actuelle c’est de tout raconter sur les réseaux sociaux. Et c’est un problème énorme, non pour ceux qui racontent tout mais pour ceux qui exploitent ces informations. Parce que plus les gens donnent d’informations et mieux ça vaut pour les cambrioleurs.

Les méthodes nouvelles des cambrioleurs

Aujourd’hui les vrais techniciens, les vrais professionnels qu’est-ce qu’ils font ? Ils scannent Facebook pour voir les photos de vos appartements, les tableaux, les meubles etc. Ils repèrent tout, ils remarquent s’il y a des objets intéressants, ils voient les receleurs avant le cambriolage, le receleur fait son choix d’après les photos. Le cambrioleur surveille votre site il surveille vos messages et puis ils voient votre message, vous partez 8 jours en vacances, il sait que pendant huit jours il peut y aller sans problème, il y aura aucun risque donc il va pendant ces 8 jours entrer chez vous et vous prendre les objets qu’ils peuvent vendre. Dès qu’ils ont terminé de cambrioler chez vous ils vont chez le receleur et lui vendent selon le prix convenu ils prennent l’argent liquide et 3 heures donc après le cambriolage il n’y a plus aucune trace.

Ce que font les cambrioleurs, tout le monde le fait. Les grandes entreprises aujourd’hui scannent Linkedin, Twitter, Facebook etc pour savoir ce que vous faites, ce que vous pensez. Ils savent tout grâce à ça. On est dans un monde où l’information est ouverte, c’est de la source ouverte, il suffit simplement d’avoir un petit logiciel qui va scanner qui va regarder tout ce qui est sur le net. C’est à la portée de tout le monde ça se trouve en vente partout y compris à Paris.

Vous voyez que l’on est dans un autre monde.

Il faut apprendre à se protéger dans le cadre de l’intelligence économique il va falloir aussi qu’au niveau de chacun d’entre nous on apprenne un certain nombre de règles de protection personnelles parce que nous n’en sommes qu’au début. C’est bien évident. Les techniques s’améliorent. Il faut aujourd’hui être un abruti complet pour aller attaquer une banque ou comme je vois certains se faire les fourgons postaux à coups de kalachnikov. Ils risquenr 20 ans de prison, ça marche rarement et souvent ils ne trouvent rien parce que les billets dans les machines sont tous colorés par des systèmes de défense. Donc ils prennent des risques, alors que vous attaquez ou vous volez l’ordinateur d’un cadre d’une entreprise de recherche et cet ordinateur contient des recherches, il contient des renseignements sur le produit, il contient des plans, il contient tout ça, vous le revendez aux concurrents eh bien vous allez gagner beaucoup plus et vous ne risquez absolument rien.

L’exemple de Domino Pizza

Pire encore regardez un exemple aux États-Unis. Domino Pizza, les pizzas qu’on livre à vélo ou en trottinette, se fait piquer son fichier clients aux États-Unis. 15 millions de clients hackés par des hackers spécialisés bien sûr qui sont entrés chez lui, lui ont volé son fichier clients. La différence avec les Français c’est que les fichiers américains ont les numéros de cartes de crédit les codes pin. Que font les gens de Domino Pizza ? Ils se disent ça va être vendu à un concurrent donc sur le darkweb tout le monde se met à regarder quel est le hacker qui soudain avec un pseudo va vendre les fichiers qui ont été piqués à Domino Pizza. Et on les repère. On repère que ces fichiers sont vendus à des sociétés distributrices de pizzas. C’est une bonne opération pour celui qui vend, il gagne bien sa vie. Que risque-t-il ? Rien du tout parce qu’il a fait ça d’un pays étranger donc en plus les lois ne s’appliquent pas pour lui. Donc il ne risque rien.

On s’aperçoit que d’autres hackers achètent le fichier pas du tout pour le revendre à des sociétés qui pourraient l’exploiter, mais pour bloquer l’écran des clients. Ils envoient un blocage d’écran le matin et un message sur l’écran si vous payez 100 euros en bitcoin à telle adresse, on vous remet votre ordinateur en marche. Dans l’histoire de Domino Pizza on estime que 4 millions et demi de personnes ont payé 100 dollars . Faites le calcul quatre millions et demi de victimes à 100 dollars c’est le plus beau hold-up du siècle. Risque zéro.

On est dans un monde en pleine évolution dans lequel chacun essaie tirer parti de tous.

Tout le monde peut avoir accès aux sources ouvertes.

Les sources fermées c’est beaucoup plus difficile.

Quand j’ai commencé on allait chercher les réseaux humains c’était un sacré travail et on prenait des risques.

Aujourd’hui on commence par utiliser les sources ouvertes avec des sociétés comme Ballantyre la société américaine qui fournit des masses d’informations considérable sur n’importe quoi. Vous demandez ils vous fournissent ça va très vite et c’est très fort. On n’a plus besoin d’aller chercher le renseignement humain, sauf à la fin.

Parce que vous vous apercevez quand vous faites de l’analyse en recherche économique ou autre qu’il y a toujours des trous dans la raquette, on ne sait pas pourquoi. C’est probablement pour des histoires de calculs d’algorithmes, de définition de l’algorithme ou de définition des paramètres, en fait il ya toujours des trous. Et le problème ensuite ça va être uniquement de combler ces trous. Donc au lieu de prendre le risque d’aller chercher toutes les informations, aujourd’hui on ne va plus chercher que quelques informations qui nous manquent. C’est totalement différent comme approche.

C’est un renversement du système classique de recherche de l’information et du renseignement. Donc et bien entendu ça devient beaucoup plus simple et beaucoup moins dangereux puisque moins vous allez chercher d’informations secrètes, puisqu’elles existent, et plus c’est facile.

Quand je parle d’informations secrètes j’aurais dû préciser que 95 % de l’information sur n’importe quel sujet est disponible sur internet si vous savez la chercher. Sur des sujets plus secrets comme le nucléaire par exemple même là il y a des informations qui circulent. Si vous voulez faire une bombe atomique je vous donnerai tout à l’heure les sites sur lesquels vous pouvez voir comment ça se fabrique. Je vous rassure ce n’est pas miniaturisé il faut un immeuble de deux étages pour la construire donc vous allez vous faire repérer. C’est pour ça que je peux vous donner cette info sans problème parce que ça se terminera forcément mal pour vous ,vous serez identifié. Il n’empêche que l’information existe, elle est disponible.

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Le processus de recherche

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Je vous ai parlé de la recherche. Il y a des étapes à suivre et je vais vous dire quelques mots sur ces étapes, elles sont essentielles lorsqu’on parle d’intelligence économique. Si simplement vous mémorisez ce processus, vous êtes déjà un expert en intelligence économique parce que vous aurez compris comment ça fonctionne

Comment ça marche ? C’est très simple en vérité. Il faut toujours regarder les choses de manière simple c’est comme ça qu’elles sont les plus efficaces.

Première étape : définir le cadre de sa recherche 

Vous essayez de définir le cadre de votre recherche, le cadre de votre action c’est-à-dire que vous devez écouter la définition stratégique – en langage militaire l’intention du chef ou l’idée stratégique du chef – le laisser définir où on veut aller. Quels sont les domaines qu’il faut connaître pour pouvoir y aller. Et vous allez donc en faire une espèce de cadre, c’est un peu comme une carte. Je veux aller à Limoges, je vais essayer de trouver une carte de la ville de Limoges pour pouvoir ne pas me perdre dans Limoges – vous me direz aujourd’hui j’ai un gps – mais gardons l’idée de la carte. Donc j’ai une carte de Limoges. Vous comprenez bien quand je vous dis une carte de Limoges, que si elle est trop petite, si elle ne montre que le centre ville j’aurai un gros problème si je veux aller en banlieue. Ou si j’ai le plan de la région Limousin, je vais avoir une déperdition d’énergie considérable parce que je vais chercher toutes les informations sur l’étendue du Limousin, alors qu’il n’y a que la ville qui m’intéresse. Donc tout le problème actuel va être de définir le cadre de mes recherches, c’est la première étape, très importante. Si c’est trop grand je vais avoir une déperdition des recherches efficaces ; si c’est trop petit je vais perdre une partie de l’information dont j’ai besoin.

Deuxième étape : la prospective

Et après il y a un deuxième niveau que tout le monde oublie, et en particulier en France parce que nous sommes un pays où on n’aime pas le faire, c’est la prospective. Nous sommes un pays qui de plus en plus vit dans l’instant, dans le présent. On a beaucoup de mal à se forcer à imaginer le futur. Et pourtant quand je définis mon cadre de recherche, je dois essayer d’imaginer quelles peuvent être les évolutions des différents paramètres dans les années à venir, dans les cinq ans, dans les dix ans, dans les quinze ans à venir. Parce que, en fonction de cette évolution des paramètres, je vais devoir redéfinir mon cadre pour inclure certains et en rejeter d’autres qui ne serviront à rien.

Donc définition du cadre puis la prospective.

3e étape : recherche d’informations

Là c’est simple, tous les moyens sont bons :

internet

réseaux sociaux

banques de données

articles

Vous allez donc chercher toutes les informations dont vous avez besoin et vous allez ensuite les récupérer. Et là on arrive à une autre étape :

4e étape : Validation des informations

Parce que nous sommes dans un monde où 20% en moyenne de toutes les informations que nous lisons ou entendons sont fausses. Une information sur cinq que vous avez entendu depuis ce matin est fausse, cela nous pose un vrai problème parce que je ne peux pas faire une stratégie sur des éléments faux. Donc il faut que je sélectionne au mieux mes éléments pour voir ceux qui ont le plus de chances d’être vrais et c’est la grande difficulté actuelle, différencier le vrai du faux. Quand vous voyez par exemple que les chercheurs américains de Google viennent d’annoncer que dans 6 ou 8 mois donc en moins d’un an on va pouvoir faire des films de fake news qui seront tellement bien faits qu’on ne pourra pas les différencier des vrais. Ca va être extrêmement difficile ensuite pour voir comment on va faire la sélection.

Et donc il faut qu’on invente des modèles pour ne pas se faire avoir parce que d’un côté il faut qu’on élimine les fausses informations et d’un autre côté on sait qu’elles pullulent dans tous les domaines. Donc ce n’est pas évident parce que nous subissons des attaques d’influence, on se fait manipuler et du coup on se fait avoir.

Donc difficulté de sélectionner les bonnes informations. Cela fait, ensuite le travail est facile parce que l’étape suivante c’est l’analyse de tout ce qu’on a récupéré.

Analyse des informations

On traite toute nos informations, on essaie de faire des synthèses progressives, on essaie de repérer les points forts, les points faibles, les opportunités, les menaces. Il faut tout reprendre et une fois qu’on a bien analysé tout avec des logiciels, avec des techniques de plus en plus efficaces de ce côté là eh bien on va arriver à la synthèse.

Synthèse

Je n’ai jamais vu de problème où il n’y avait qu’une seule solution, il y a toujours plusieurs solutions. Il n’y en a pas 50 mais il y a toujours deux ou trois solutions qui s’imposent, deux ou trois hypothèses qui semblent plus plausibles.

Et donc quand vous avez fait cette synthèse vous allez l’envoyer aux décideurs. Ce stratège c’est celui qui va recevoir et qui, connaissant tous les éléments en sa possession parmi ces différentes options, va choisir celle qui lui paraît la meilleure à ce moment-là.

Vous voyez qu’il y a toute une succession logique d’opérations, et si vous avez compris ça, vous pouvez le faire de tête et moi je peux vous assurer que vous pouvez le faire de tête.

Fausses informations

Amusez-vous un jour où vous avez le temps, depuis le matin dites-vous voilà tout ce que je vais entendre je vais simplement me poser la question : est ce que c’est vrai ? est-ce que c’est faux ? Je ne vous demande pas d’aller sur internet ou de taper sur votre portable pour vérifier si c’est vrai ou faux. Posez-vous simplement la question est-ce que c’est vrai, est-ce que c’est faux ? et vous allez vous apercevoir un certain nombre de fois ça va vous paraître une évidence vous allez vous dire mais c’est pas possible il y a quelque chose qui ne va pas. Habituellement vous vous seriez fait avoir mais vous commencez à avoir l’esprit de l’intelligence économique. Vous commencez à saisir ce que nous appellons le doute constructif.

Le doute constructif

ce n’est pas rejeter tout en bloc, le doute constructif c’est d’identifier le mieux qu’on peut avec nos moyens ce qui est probable ou plausible ou vrai. Enfin la vérité c’est pas facile et toujours un peu subliminal. Ce qui est possible et ce qui n’est pas possible parce que visiblement c’est faux.

Je vais vous donner un exemple.

C’était il y a bien longtemps mais c’est emblématique. Les Américains ont décidé un beau jour qu’ils allaient enterrer le président Chirac après qu’il ait refusé la guerre en Irak. Le président Chirac savait parce que les services de renseignements le lui avaient dit – je suis bien placé pour en parler – qu’il n’y avait pas de bombe atomique en Irak, que c’était un montage des Américains pour justifier une guerre pétrolière parce que la guerre en Irak n’a jamais été pour renverser Saddam Hussein, c’était parce que les Américains étaient convaincus à l’époque que l’Arabie Saoudite allait exploser du fait des tensions internes de tous les côtés et qu’il fallait trouver une nouvelle plate-forme pétrolière parce qu’à l’époque ils n’avaient pas l’autosuffisance pétrolière qu’ils ont maintenant grâce au gaz de schiste. Donc à l’époque ils ont dit on va faire la guerre. Mais on ne peut pas faire une guerre où que ce soit dans le monde si elle n’est pas juste aujourd’hui à cause des médias. Donc il a fallu charger la mule sur Saddam Hussein en racontant les horreurs qu’il faisait. Entre parenthèses on peut trouver des horreurs comme ça pratiquement sur 50 % des dirigeants mondiaux. Là ils l’ont tellement chargé…

Mais il y a un truc pour vous montrer ce qui doit vous alerter et vous faire douter. Celle-là elle est énorme ! C’est quand ils ont dit Saddam Hussein soutient al-Qaïda donc les terroristes d’al-Qaïda, or Saddam Hussein était laïc c’était un des deux seuls pays du Moyen-Orient où les femmes n’étaient pas voilées, où toutes les religions étaient pratiquées et aucune n’était poursuivie. Donc comment un dirigeant laïque profondément laïque a pu être touché par la grâce mahométane puisque quand ils l’ont pendu il avait le Coran à la main. Mais à l’époque où il était président il était totalement laïque et il il préservait toutes les religions. Donc comment a-t-on pu faire croire au monde entier que Saddam Hussein était un suppôt d’al-Qaïda ? C’est une manipulation d’information, là on est en plein dans les fake news crues par tout le monde.

Sur la bombe atomique aussi ils ont raconté qu’il savait faire la bombe atomique on savait tous que c’était faux. L’autre jour j’étais aux États-Unis dans le Wyoming à une réunion et j’ai eu la stupéfaction d’entendre des Américains, pourtant des gens importants dans la politique locale, qui m’ont dit heureusement qu’on a fait la guerre à Saddam Hussein, il allait utiliser la bombe atomique. Les bras m’en sont tombés. 20 ans après ils n’ont toujours pas compris que c’était une fake news lancée par leur propre gouvernement pour nous faire croire qu’il fallait faire la guerre. Il aurait suffi qu’on regarde un petit peu pour dire c’est pas possible. C’est ce que d’ailleurs certains ont fait fort heureusement dont les Français.

Différence entre information et renseignement

Une fois que vous avez fait la synthèse je vous ai dit que vous l’envoyez aux décideurs. En réalité vous envoyez la synthèse à tous ceux qui sont concernés c’est-à-dire que la diffusion de l’information, du renseignement- nous disons dans notre jargon qu’il y a des données, les datas. Ces datas, une fois qu’on les a récupérés et qu’on a on a vérifié s’ils ne sont pas tordus, ce sont des informations. Une fois qu’on en a fait la synthèse c’est un renseignement, dans notre jargon.

La diffusion

Ces renseignements il faut qu’ils arrivent à tous ceux qui en ont besoin. On ne peut pas se contenter d’envoyer à un seul. Il faut que tous ceux qui ont l’utilité d’utiliser ce renseignement puissent l’avoir en temps utile. Donc le problème de la diffusion est devenu quelque chose d’important. D’autant plus important que nous sommes dans une compétition dans laquelle l’autre en face pratique la même chose que nous. Ce que je viens de vous dire là, les Chinois le pratiquent aussi, les Américains aussi, les Russes aussi et les gars du Zimbabwe aussi, soit parce qu’on le leur a appris, soit parce qu’ils ont appris tout seuls. Mais ils le font. Donc cela signifie que l’on doit en plus entrer dans une course de vitesse. Il faut que l’on apporte la bonne information, le bon renseignement le plus vite possible à celui qui va pouvoir l’utiliser, pour qu’il ait un avantage concurrentiel.

Je voudrais maintenant vous dire deux mots sur deux éléments qui me paraissent très importants qu’il faut intégrer à cette réflexion et auxquels l’on pense pas. Le premier c’est la prospective. Le deuxième c’est l’environnement.

Je suis frappé de voir comme les gens ne regardent pas l’environnement, n’étudient pas l’environnement de leurs cibles, de leurs marchés, de leurs concurrents. Parce que cela apporte beaucoup d’explications, beaucoup de réponses. Si vous étudiez l’environnement, il faut aussi étudier l’histoire et la culture. En étudiant l’environnement, la culture et l’histoire vous pouvez comprendre des choses importantes.

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L’histoire de l’Ukraine
permet de comprendre la situation actuelle

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Personne ne comprend les événements en Ukraine.

Pourquoi une partie de l’Ukraine a-t-elle basculé du côté russe et pourquoi une partie a-t-elle basculé du côté occidental ? Il faut reprendre l’histoire en 1940-42 quand les Allemands ont envahi les plaines de l’est, quand ils sont arrivés en Ukraine, les Tatars d’Ukraine, c’était une partie de l’Ukraine, ont basculé du côté nazi. Ils sont devenus pro-Allemands et ils se sont enrôlés dans l’armée allemande.

Pendant la deuxième guerre mondiale le massacre d’Oradour-sur-Glane a été perpétré par la division allemande das Reich qui était une division ukrainienne. Ils venaient de Pamiers où ils étaient basés et remontaient vers la Normandie, ils perdaient un homme au kilomètre et à un moment ils ont été tellement énervés de voir qu’ils se faisaient tuer un homme au kilomètre par les maquisards, ils ont fait flamber Oradour-sur-Glane. C’était des Ukrainiens.

Qu’ont fait les Russes quand ils ont pris le contrôle de l’Ukraine, quand ils ont battu avec nous les Allemands ? Tous les Tatars ont été envoyés casser des cailloux dans les goulags. Toute une partie de la population a été exfiltrée [déportée] vers des zones pas très agréables pour les punir.

Pendant la deuxième guerre mondiale, la partie nord de l’Ukraine a formé les premières unités de partisans russes, avec le maréchal Joukov et d’autres et le colonel Fedorov – des livres ont été publiés sur cet épisode. Les premières résistances à l’armée allemande qu’on ait connu en Europe ça a été les partisans d’Ukraine, ça a été des populations agricoles d’Ukraine, de l’Ukraine côté russe. Ils se sont battus pour empêcher l’armée allemande d’avancer. Et dans la bataille de Stalingrad les lignes d’approvisionnement allemandes ont été coupées au niveau de l’Ukraine, ce qui a abouti à la chute du maréchal Von Paulus et son armée à Stalingrad.

Après la guerre au bout d’un certain temps les Tatars ont pu rentrer en Ukraine. Il y avait donc en Ukraine deux tendances : ceux du nord qui étaient pour la Russie et ceux du sud qui avaient été pour les Allemands et qui en voulaient évidemment aux Russes puisque non seulement ils avaient été battus puis avaient été envoyés casser des cailloux. Si vous regardez ce qui se passe dans le Donbass et le reste de l’Ukraine, reprenez l’histoire de 1940 à 45 et vous allez tout comprendre. Ce que je regrette c’est que ce que je vous dis là bien sûr les professionnels du renseignement le savent, mais personne n’en parle dans les medias. Pourquoi ? Parce qu’on ne connaît pas l’histoire, on n’a pas intégré l’histoire dans la réflexion.

La Crimée ne faisait pas partie de l’Ukraine. C’est Kroutchev un soir de beuverie – dieu sait s’il buvait souvent – un soir où il était ivre mort de vodka et n’ayant plus rien à parier avec un de ses collaborateurs qui était le gouverneur de l’Ukraine, il lui a dit si je perds je te donne la Crimée. Et une heure plus tard il avait perdu au poker et il a donné la Crimée à l’Ukraine. Allez expliquer aujourd’hui aux gens de Crimée qu’ils sont des purs Ukrainien. Ils vous répondent pas du tout on est Russes depuis toujours. Et d’autant plus si vous remontez l’histoire à Catherine II, la grande Catherine l’impératrice de Russie, vous vous apercevez qu’elle s’est battu contre les Turcs pour la Russie sur le territoire de Crimée.

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Qualité indispensable pour faire de l’IE

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Je suis en train d’essayer de vous donner des clés je ne vous dis pas que j’approuve ou je désapprouve. Je fais de l’intelligence économique je n’ai pas d’opinion. Mon travail consiste à analyser le plus froidement possible toutes les informations qui m’arrivent et d’en sortir à ce moment-là une synthèse la plus objective possible que je donne à mon chef. Et lui fait de la stratégie. Lui il a ses partis pris. Lui il a ses forces et ses faiblesses et lui va décider ce qu’il veut. Ce qu’il décidera sera bien puisque c’est lui qui doit décider. Je lui ai apporté les éléments pour prendre une décision. Et croyez-moi ce que je vous dis là est très important parce que en intelligence économique le drame de beaucoup c’est qu’on veut toujours faire plaisir à son chef, ne serait-ce que pour se faire bien voir, pour avoir des promotions et en conséquence on a une fâcheuse tendance à tordre la réalité dans le sens souhaité par le chef.

Je vous ai parlé de l’Irak, le patron de la CIA George Tenet l’a très bien expliqué dans son livre Hours in the storm où il a expliqué que oui ils ont donné de fausses informations parce qu’il fallait que le chef en l’occurrence le président Bush fils ait les éléments qui lui permettaient de convaincre l’ONU. C’est de la manipulation de l’information. Si vous êtes le chercheur qui fait de l’intelligence économique manipuler l’information est catastrophique parce qu’on ne sait plus à quoi se référer. Et votre patron ne pourra plus avoir la certitude que ce qu’on lui a donné est l’approche la plus réaliste de la pratique.

Aujourd’hui la patronne de la CIA est une femme absolument remarquable, une analyste. Je ne sais pas si vous avez vu le film sur l’affaire ben Laden, L’Attaque. C’est elle qui a inspiré le personnage de l’analyste qui est dans le film et c’est pour ça elle a été récompensée parce que c’est elle qui a monté toute la chasse à ben Laden et qui a réussi à le faire prendre. Elle est très forte c’est une remarquable analyste mais elle est froide comme un glaçon. Je ne parle pas à titre personnel je parle au niveau de l’analyse. Avec le président Trump elle est une des seules qui survive. Pourquoi? parce que Trump avec son caractère sait qu’elle ne déviera pas dans une direction ou dans une autre, mais elle ira tout droit. Et ça lui rend bien service parce que dans sa stratégie il a besoin d’avoir des points forts sur lesquels il peut s’appuyer.

Entre parenthèses j’en profite pour vous dire – c’est aussi de l’intelligence économique appliquée – je suis toujours effaré de voir comment en France on a une tendance à ramener les présidents des États-Unis au niveau d’imbéciles fieffés. Je me souviens de l’époque de Ronald Reagan celui qui a réussi à faire tomber la Russie soviétique, l’empire soviétique. On le prenait pour un cowboy de série b dans les grands journaux français. Le pape certes a joué aussi un rôle. Mais celui qui a fait tomber l’Union Soviétique en l’entraînant dans des dépenses militaires démentielles, ça a été Reagan.

Trump on dit aussi que c’est un parfait abruti. Ce qu’on n’a jamais compris ou voulu voir c’est que Trump avant son élection a toujours dit la même chose – contrairement à ce qu’on raconte. Il a dit notre ennemi c’est la Chine. Pourquoi ? Parce que vers 2050, un peu avant 2050, la Chine si on la laisse faire sera la première puissance mondiale dans tous les domaines et moi Américain je veux qu’on continue à être la première puissance mondiale. Donc mon objectif c’est par tous les moyens de freiner la Chine. Cela c’est la stratégie de Trump. Et pour y arriver j’ai besoin de l’appui de tout le monde. J’ai besoin de l’appui des Européens, j’ai besoin de l’appui des Russes, Et il s’est opposé en développant cette stratégie aux Démocrates parce que les Démocrates eux ont considéré depuis toujours, ont construit un ennemi comme dirait Pierre Conesa, ils se sont construit un ennemi qui est la Russie parce que c’est un ennemi facile. Et qu’avec la Chine par contre on fait beaucoup d’affaires.

Je vous rappelle quelques chiffres :

– le budget militaire des États-Unis 700 milliards de dollars

– le budget militaire de la Chine 220 à 230 milliards de dollars

– le troisième l’Arabie Saoudite qui l’utilise au Yémen ou ailleurs pratiquement 90 milliards de dollars

– 4e la Russie 60 à 65 milliards de dollars

– La France 40 comme la Grande-Bretagne.

On veut nous faire croire qu’un ennemi qui dépense 65 milliards de dollars de budget militaire est capable de battre ou de menacer un pays qui en dépense 700. Cela ne vous gêne pas comme raisonnement ? Cela aussi c’est l’intelligence économique appliquée : se poser les vraies questions. Donc pas d’idéologie.

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Incompatibilité entre l’IE et la pensée unique

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Et en France ne tombez pas dans le piège de la pensée unique. Nous sommes après les Américains. Ils ont toujours 10 ans d’avance donc si vous voulez savoir ce qui se passera en France dans dix ans regardez ce qui se passe aux États-Unis, à tous les coups ça marche. Attention à la pensée unique. Nous sommes (en France) dans un monde dans lequel on s’est formé, on s’est forgé un certain nombre d’idées et malheur à celui qui ne pense pas dans le cadre de ces idées. Malheur à celui qui a une idée différente. Si vous voulez briller en société, si vous voulez discuter, rester dans la pensée unique n’est pas un problème. Mais si vous faites de l’intelligence économique et avez le malheur de tomber dans le cas de la pensée unique vous allez complètement vous fourvoyer parce que vous allez passer à côté d’un certain nombre de vérités que vous n’accepterez pas parce qu’elles sont refusées par la pensée unique. Et à partir de ce moment là évidemment vous aurez tout faux.

Pour moi c’est vraiment essentiel : la pratique de l’intelligence économique suppose la neutralité dans l’analyse et dans le jugement, ça suppose donc le refus de toute idéologie, quelle qu’elle soit, d’un côté ou d’un autre, peu importe on ne doit pas se conformer à une idéologie – et c’est très difficile de quitter les idéologies dans lesquelles nous baignons depuis toujours. Parce que tous on a été dans un cadre familial, environnemental, scolaire, universitaire qui nous a mis dans un système. Et il faut justement qu’on arrive à sortir. A faire un pas en arrière pour être en dehors.

Et si vous y parvenez, alors je peux vous assurer que vous serez excellents en intelligence économique, ce qui aura un avantage même si vous n’êtes pas pratiquants de l’intelligence économique. Vous aurez un avantage parce que par rapport aux autres vous comprendrez avant eux le dessous des cartes dont je parlais au début. Et si vous êtes capables de décoder le dessous des cartes, vous êtes en train de faire la course en tête.

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